Juliette Adam : la mère de la 3ème
République
On l'a surnommée aussi " la Picarde au grand cœur " et "
la grande française aïeule de la Patrie ". En 1814, Pierre Seron, chirurgien aux
armées, habite Chauny avec son épouse et la seule fille qui survit de ses trois
enfants : Olympe. En face de la maison se trouve une pension dont un jeune
professeur demande cette dernière en mariage en 1831 : louis Lambert. Il a
quitté le séminaire le matin du jour prévu pour son ordination et devient
athée.
Les Séron l'envoient étudier la médecine à paris et il
s'installe entre Verberie et Senlis. Il va gaspiller sa fortune en expériences
de laboratoire suivant les mauvais conseils d'un collègue, le Docteur Bernhardt.
Ce dernier l'entraîne à Compiègne exploiter une " découverte " et il abandonne
sa femme enceinte. Juliette vient au monde à Verberie en 1836, dans un hôtel,
alors que son père doit fuir à Bruxelles. Elle est ramenée à Chauny par sa
grand'mère Séron. Lambert revient, s'installe médecin à Biérancourt mais
Juliette reste à Chauny. Tiraillée entre les opinions royalistes, bonapartistes,
républicaines, catholiques ou athées des différents membres de sa famille, elle
est surtout influencée par son père républicain et libre-penseur. En 1851, à 16
ans, Juliette est mariée à un avocat parisien de 32 ans Lamessine et ils vont
habiter Paris.
En 1858, elle débute dans les lettres avec un recueil de
nouvelles et un ouvrage philosophique. Elle connaît George Sand, Mme d'Agoult,
Dumas fils, Mérimée, Proudhon, Alphonse Karr et Béranger qui lui prédit un
avenir d'écrivain, veuve en 1868, elle épouse Edmond Adam (adjoint au maire de
Paris en 1848, préfet de police en 1870, sénateur inamovible) ; Elle l'aimait en
secret depuis longtemps et sans espoir alors qu'il était rédacteur en chef du "
National ". Juliette prend alors une place considérable dans les Lettres et
reçoit dans son salon les noms illustres de la littérature, des arts et de la
politique : George Sand, les Goncourt, Dumas fils, Flaubert, les fondateurs de
la 3ème République dont Gambetta qu'elle soutient et encourage. Son mari meurt
en 1877. Elle épouserait bien Gambetta qu'elle aime en secret (lui aussi ) mais
il dédaigne ses avances et elle lui voue alors une haine passionnée. En 1879,
elle fonde la " Nouvelle revue " sur les conseils de Flaubert.
Républicaine, opposée à la " Revue des deux mondes ",
elle y accueille P. Lotti, P. Bourget, Guy de Maupassant, Jean Richepin, Léon
Daudet, Rosny aimé, Paul Marguerite, Octave Mirbeau, Jules Vallès, Paul Valéry ;
elle la dirige pendant 17 ans s'attachant à maintenir la revendication de la
France sur la Lorraine et l'Alsace. On l'appelle la " Revancharde " depuis, que
de son salon elle ne parlait que de revanche aux hommes politiques de la 3ème
République qui y venaient chercher leurs mots d'ordre.
Juliette écrit-elle aussi de nombreux articles dans sa
revue et publie des ouvrages " La païenne ", " mémoires (7 volumes) ", " Jean et
Pascal ", " Laïde ", " Chrétienne ", " mon village ", " l'heure vengeresse des
crimes bismarkiens ", " Le journal d'une parisienne sous le siège de Paris ".
Sur ses vieux jours, elle se convertit dans l'ancienne abbaye de Gif-sur-Yvette,
dans la vallée de Chevreuse, où elle habite. Puis plus tard, elle s'éteint dans
le Var en 1936 dans le château de sa fille, veuve du célèbre chirurgien Fegond.
Elle avait 100 ans. Elle avait joué un rôle primordial dans les débuts de la
3ème République et vu ses désirs se réaliser avec le retour de la Lorraine et de
l'Alsace.
(D'après L.-Éch. Delpuech)
André
Vacherand, Secrétaire général de la société académique de
Saint-Quentin